Le savoir c'est le pouvoir

Les théories de développement de l'endométriose

femme gynécologie endometriose theories mecanisme

On ne sait toujours pas quelle est l’origine de l’endométriose, le corps médical a plusieurs hypothèses et si chacune peut être soutenue par des chiffres et des statistiques, aucune n’est parfaite ni n’arrive à englober entièrement toutes les formes des lésions endométriosiques et/ou leur localisation dans le corps. Déterminer les causes de l’endométriose est complexe, notamment au vu des différents facteurs qui pourraient rentrer en jeu (génétiques, environnementaux, biologiques, …) et le manque d’études à grande échelle. Néanmoins, voici en simplifié ce qu’en dit la revue Nature dans une méta-étude publiée en 2018 faisant la revue de plus de 250 sources publiées dans des journaux à comité de lecture1.

Théorie du reflux

La théorie la plus largement acceptée par la communauté scientifique (au moins pour l’endométriose dans le péritoine) est la théorie du reflux. Selon cette théorie développée par John A. Sampson en 19212, lors des règles, un reflux sanguin passant par les trompes libérerait des fragments de tissus d’endomètre dans la cavité abdominale, qui seraient ensuite à l’origine des lésions d’endométriose. Cette théorie peut expliquer pourquoi le risque d’endométriose est lié à une fréquence élevée des menstruations, une arrivée de la puberté précoce ainsi que des saignements importants lors des cycles. En effet, des études ont montré que pour les personnes ayant des règles très jeunes (moins de 12 ans) ou avec des cycles menstruels courts (moins de 26 jours) sont plus susceptibles de développer une endométriose3 4. La diversité de localisation des lésions d’endométriose est un fait qui pourrait plus facilement soutenir cette théorie, tout comme la diffusion des fragments d’endométriose par le flux péritonéale en sens horaire peut expliquer le nombre des cas plus important ayant des lésions présentes sur le côté gauche5. En revanche, cette théorie n’explique pas pourquoi, alors que 90% des femmes ont des reflux sanguins, seulement 10% sont diagnostiquées avec de l’endométriose, ce qui pourrait indiquer que de nombreux autres facteurs rentrent en compte dans le développement d’une endométriose. Ces facteurs pourraient être expliqués par la génétique. En effet, différents gènes intervenant dans la reconnaissance immunitaire, la réponse inflammatoire, la synthèse des hormones stéroïdiennes (œstrogènes entre autres), l’adhésion, la prolifération et la migration cellulaire, sont fréquemment atteints de mutations pour les endométriosiques6. Il est cependant encore difficile d’expliquer comment les changements d’expression de ces gènes interviennent dans le développement de l’endométriose. La colonisation des organes par les débris d’endomètre après le reflux menstruel est également controversée. Une étude7 suggère deux hypothèses : les cellules de l’endomètre pourraient pénétrer les cellules intactes de certaines membranes telles que le péritoine, ou bien profiter d’une blessure locale sur ces organes. La théorie du reflux ne justifie également pas pourquoi on retrouve dans de très rares cas des lésions d’endométrioses sur des zones en dehors du pelvis ; comme les ganglions lymphatiques abdominaux, les poumons, le cerveau, certains membres ou la cavité nasale ; ou bien également chez des personnes masculines non trans-genres.

Théorie métaplasique

En revanche, ces rares localisations de lésions d’endométriose (les ganglions lymphatiques abdominaux, les poumons, le cerveau, certains membres ou la cavité nasale, présence chez des hommes non trans-genre) pourraient être expliquées par la théorie métaplasique suggérée par Meyer et redéfinie par Fergusson8 9. Selon cette théorie, des cellules souches (cellules non spécialisées en un “type” cellulaire pouvant se transformer en n’importe quelle cellule) subiraient un processus de différenciation en cellules endométriales dans des zones hors de l’utérus. Il existe plusieurs hypothèses quant à l’origine de ces cellules souches : elles pourraient être issues d’un tissu embryologique du péritoine (tissu cœlomique), dériver de la moelle osseuse 10 qui contient des cellules souches ou bien dériver d’une cavité à l’intérieur même de l’endomètre 11. Cette théorie pourrait expliquer plus facilement les cas d’endométriose profondes, c’est-à-dire les lésions qui dépassent cinq millimètres d’infiltration sous les organes. En revanche, elle n’est pas idéale pour expliquer les formes de lésions superficielles et les endométriomes. Elle pourrait également expliquer la transformation de tissu ovarien en lésions d’endométriose 12. Cependant, la proportion élevée de malades présentant plus d’une forme de lésions (superficielles, profondes ou endométriomes) ne peut pas être expliquée par cette théorie, laissant penser que d’autres mécanismes sont à l’œuvre.

Théorie de la métastase via les réseaux vasculaires et lymphatiques

Une autre explication de la présence dans de rares cas d’endométriose hors du pelvis et particulièrement dans les ganglions lymphatiques abdominaux 13 est la théorie de la métastase via les réseaux vasculaires et lymphatiques proposant que les lésions d’endométriose résultent d’une migration des cellules de l’endomètre par voie lymphatique et/ou sanguine pour coloniser différents organes.

Théorie du saignement utérin rétrograde prénatal

Une récente théorie suggère que l’endométriose pourrait être due à un saignement utérin rétrograde prénatal qui aurait lieu lors de la naissance avec la disparition des hormones stéroïdes présentes dans le placenta. Cette théorie est supportée par l’observation de la présence de sang utérin chez environ 5% des bébés nés ainsi que par l’occurrence d’endométriose sévère chez des adolescents 14.

Sources

  1. Nature Reviews : Endometriosis, K. T. Zondervan, C. M. Becker, K. Koga, S. A. Missmer, R. N. Taylor and P. Vigano, 2018 

  2. Sampson, J. A. Peritoneal endometriosis due to the menstrual dissemination of endometrial tissue into the peritoneal cavity. Am. J. Obstet. Gynecol. 14, 422–469 (1927). 

  3. Nnoaham, K. E., Webster, P., Kumbang, J., Kennedy, S. H. & Zondervan, K. T. Is early age at menarche a risk factor for endometriosis? A systematic review and meta-analysis of case-control studies. Fertil. Steril. 98, 702–712.e6 (2012). 

  4. Missmer, S. A. et al. Reproductive history and endometriosis among premenopausal women. Obstet. Gynecol. 104, 965–974 (2004). 

  5. Vercellini, P. et al. Asymmetry in distribution of diaphragmatic endometriotic lesions: evidence in favour of the menstrual reflux theory. Hum. Reprod. 

  6. Sanchez, A. M. et al. The endometriotic tissue lining the internal surface of endometrioma: hormonal, genetic, epigenetic status, and gene expression profile. Reprod. Sci. 22, 391–401 (2015). 

  7. Witz, C. A., Cho, S., Centonze, V. E., Montoya-Rodriguez, I. A. & Schenken, R. S. Time series analysis of transmesothelial invasion by endometrial stromal and epithelial cells using three-dimensional confocal microscopy. Fertil. Steril. 79(Suppl. 1), 770–778 (2003). 

  8. Meyer, R. Zur Frage der heterotopen Epithelwucherung, insbesondere des Peritonealepithels und in die Ovarien [German]. Virch Arch. Path. Anat. Phys. 250, 595–610 (1924). 

  9. Ferguson, B. R., Bennington, J. L. & Haber, S. L. Histochemistry of mucosubstances and histology of mixed müllerian pelvic lymph node glandular inclusions. Evidence for histogenesis by müllerian metaplasia of coelomic epithelium. Obstet. Gynecol. 33, 617–625 (1969). 

  10. Du, H. & Taylor, H. S. Contribution of bone marrow-derived stem cells to endometrium and endometriosis. Stem Cells 25, 2082–2086 (2007). 

  11. Gargett, C. E. & Masuda, H. Adult stem cells in the endometrium. Mol. Hum. Reprod. 16, 818–834 (2010). 

  12. Zheng, W. et al. Initial endometriosis showing direct morphologic evidence of metaplasia in the pathogenesis of ovarian endometriosis. Int. J. Gynecol. Pathol. 24, 164–172 (2005). 

  13. Mechsner, S. et al. Estrogen and progestogen receptor positive endometriotic lesions and disseminated cells in pelvic sentinel lymph nodes of patients with deep infiltrating rectovaginal endometriosis: a pilot study. Hum. Reprod. 23, 2202–2209 (2008). 

  14. Gargett, C. E. et al. Potential role of endometrial stem/ progenitor cells in the pathogenesis of early-onset endometriosis. Mol. Hum. Reprod. 20, 591–598 (2014). 

Partager cet article

Articles liés